A des moments particuliers de la séance, l'enfant avait pris l'habitude d'aller boire. Le thérapeute entendait le bruissement de l'eau qui coule, s'inquiétait un peu - aurait il le temps de nettoyer l'eau avant de recevoir l'enfant suivant ? - se demandait ce que l'autre pouvait bien bricoler. Les jours où il était « en forme », il mâchonnait un texte de Laplanche - La chambre des enfants. Etait-ce Laplanche ou Pontalis ? Un jour, changement. L’enfant dit qu'il est un bébé, et qu'il a soif. Le thérapeute lui propose un biberon, et l’enfant accepte. Il se love dans ses bras, plante son regard dans celui du thérapeute, et tête. Le thérapeute est aussi surpris qu'ému. Jamais il n'avait rêvé prendre cet enfant dans ses bras, tant il semblait ingrat. L’enfant est repus et fait signe au thérapeute. Il glisse de ses genoux et reste un long moment étendu par terre. Puis il se hisse sur sa chaise et semble attendre la fin de la séance. A la séance suivante, l’enfant a un livre à la main. "Lis" ordonne t-il. Le thérapeute obéit et lui donne une autre tétée.
jeudi 18 décembre 2008
jeudi 23 octobre 2008
Pas le moment de dormir
jeudi 2 octobre 2008
A ma façon
Il y a eu ce cri, et le bruit de choc. Mais ce dont il se souvient avec le plus de détails, c'est le silence qui a suivi. Un silence très particulier. Et puis après il y a eu d'autres cris, sa tante qui est venue le chercher, le pli des jupes des femmes, et les pleurs de tous. Il y a eu le pin-pon et des cris encore. On l'avait mis dans la chambre, mais par un bout de fenêtre il a vu ce dos blanc, courbé, et puis cette chose que l'on mettait sur le visage de son frère. Il a vu les brancards et il a entendu les pin-pon. Il savait bien que ça finirait par arriver. Il grimpait partout. Depuis, on a peur pour lui. Il n'a plus le droit de rien faire et sur le mur on ne voit plus son frère grandir. Lui se rapproche de l'âge qu'il avait quand... Et plus ça va, plus on dit qu'il lui ressemble en tout, qu'ils sont pareils, où qu'il fera les études qu'il n'a pas pu faire
- C'était sans doute quelqu'un de très bien. Mais peut être peux-tu faire à ta façon ?
- A ma façon, je ne sais pas comment faire.
jeudi 14 août 2008
Tétée de mots
A des moments particuliers de la séance, l'enfant avait pris l'habitude d'aller boire. Le thérapeute entendait le bruissement de l'eau qui coule, s'inquiétait un peu - aurait il le temps de nettoyer l'eau avant de recevoir l'enfant suivant ? - se demandait ce que l'autre pouvait bien bricoler. Les jours où il était « en forme », il mâchonnait un texte de Laplanche - La chambre des enfants. Etait-ce Laplanche ou Pontalis ? Un jour, changement. L’enfant dit qu'il est un bébé, et qu'il a soif. Le thérapeute lui propose un biberon, et l’enfant accepte. Il se love dans ses bras, plante son regard dans celui du thérapeute, et tête. Le thérapeute est aussi surpris qu'ému. Jamais il n'avait rêvé prendre cet enfant dans ses bras, tant il semblait ingrat. L’enfant est repus et fait signe au thérapeute. Il glisse de ses genoux et reste un long moment étendu par terre. Puis il se hisse sur sa chaise et semble attendre la fin de la séance. A la séance suivante, l’enfant a un livre à la main. "Lis" ordonne t-il. Le thérapeute obéit et lui donne une autre tétée.
jeudi 31 juillet 2008
Y es tu ?
Plusieurs fois, le thérapeute s'était assoupi. Et l'enfant lui avait adressé ce mot "pas le moment de dormir". A chaque fois, le thérapeute en avait éprouvé de la culpabilité. Et puis une fois - était il moins fatigué ou plus culpabilisé que d'habitude ? - il était bien réveillé. Et l'enfant lui a fait passer ce mot : "pas le moment de dormir".
jeudi 10 juillet 2008
Dernier rendez-vous
C'est le dernier rendez vous. Après, la longue interruption des vacances. L'enfant a avalé en quelques enjambées l'espace qui sépare la salle d'attente du bureau. Le psychothérapeute l'a suivi lentement, ayant remarqué que lui emboîter le pas ajoutait à sa précipitation. Lorsqu'il arrive dans le bureau, l'enfant joue déjà. Il a en main un personnage et il lui leste les jambes avec une énorme boule de pâte à modeler. " Un bonhomme de pierre " dit-il. Le bonhomme de pierre fait face à de nombreux animaux, et triomphe de tous assez facilement. Les combats font rage sur l'armoire mais ni la griffe, ni la dent n’entame sa cuirasse. Le psychothérapeute parle à l'enfant en mettant l'accent sur cette armure qui semble protéger lebonhommedepierre de tout. Trop tôt, sans doute. L'enfant cesse immédiatement le jeu et place des animaux par terre. Il fait un enclos dans lequel il enferme péniblement quelques animaux et place une famille convenue. Le jeu sonne faux et le psychothérapeute a l'impression que c'est un mouvement défensif contre une intervention mal venue. Il s'en veut et s'enferme à son tour dans des rêveries. Elles le conduisent à la statue de la Liberté, vue la veille sur un magazine pour enfant, et, de là, à l'embouchure de la Gironde. Lorsque son regard se tourne à nouveau vers l'enfant, le jeu du bonhommedepierre a repris sur la commode. Il lui semble bien plus sincère que le précèdent.
" J'ai l'impression, dit le thérapeute à l'enfant, que tu as un peu peur que je te touche trop alors tu fais le bonhommedepierre ". L'enfant sourit largement et acquiesce. Le thérapeute continue, dans cette parole si particulière à la thérapie. Il parle sans savoir ce qu'il va dire. Ou plutôt : il prépare quelque chose à dire, et lorsqu'il parle, c'est une autre parole qui s'impose. Il aime à se dire que, dans ces moments, il est parlé. Il dit a l'enfant : " Le bonhommedepierre, c'est bien, ça protège. Mais comment fait il pour les émotions ? Pour la joie, la colère ou la tristesse ? " Un silence. " Peut être es-tu un peu bonhommedepierre, et que tu ne veux pas trop être touché par les émotions ? "
mardi 1 juillet 2008
Bruits d'histoire
Il y a eu les bruits de moteurs, assourdissants. Et les adultes qui couraient partout. Heureusement, un a eu l'idée de prendre les enfants et les a conduit à la cave. C'était la première fois qu'il voyait un bombardement. Il était plutôt impressionné par la puissance qui se dégageait de ces avions mais il n'avait pas vraiment peur. Quand ils sont sortis, il a surtout vu les vaches éventrées. Après, il s'y est habitué et il ne se souvient pas d'avoir vraiment eu peur. « C'était dans les années 30 » dit son fils, c'était la guerre en Espagne. Mais lui, quand il le raconte, il a peur.